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Petit tour vers la guerre de 1870 en Région Centre. Je viens de trouver, grâce à Gallica, un nouveau témoignage (nouveau, tout est relatif puisqu'il date de 1871), sur les combats de l'armée de la Loire. C'est le docteur Janicot, aide-major de l'ambulance de marche de Saint-Etienne, qui raconte "sa" guerre, et il ne manque pas d'humour dans son récit "Trois mois d'ambulance aux armées de la Loire et de l'Est".

Il apporte également des précisions très chirurgicales sur les évènements. Tous les écrits de l'époque racontent le froid extrême qui régnait à la fin de l'année 1870, sur l'Orléannais et la Beauce, mais aucun avec précision. Cette fois, le détail est fixé : il faisait entre - 12°c et - 15°c. Je comprends pourquoi les blessés qui sont restés sur le champ de bataille ont été "congelés", expression lue à maintes reprises.

Il reprend les combats de Maizières (Mézières-en-Gâtinais) que lui a raconté un vieux soldat du 1er bataillon d'Afrique, rencontré le lendemain sur la route, avec un humour grinçant qui rappelle les difficultés rencontrées par la Croix Rouge et ses représentants, durant la guerre.

"à huit heures, une épouvantable grêle d'obus tombe sur le village. Les Prussiens nous servaient la soupe. L'église de Maizières, transformée en ambulance, devait être protégée par le drapeau de la convention de Genève, arboré sur le clocher, mais grâce à la myopie que l'on dit endémique et même épidémique chez eux, les Allemands n'aperçurent par le drapeau de la croix rouge. En quinze minutes toutefois, le petit clocher fut démonté par leurs pointeurs, ce qui prouve que tout à une limite en ce monde, même la myopie d'un prussien...." . Le ton est donné.

Alors qu'ils bivouaquent à Chicamour (un tel nom, cela ne sonne pas très guerrier), ils croisent des francs-tireurs de Nice qui leur demande d'héberger quelques instants, la femme d'un lieutenant et celle d'un capitaine, accompagnée de son fils de sept ans, frigorifées. Mais que viennent-elles faire ici ? Elles sont infirmières, ont revêtu le brassard international (celui que les prussiens ne respectent pas), et suivent leur mari au front !!!

L'humour n'est qu'une piètre couverture pour une réalité cruelle. Alors qu'ils se rendent à l'église de Bellegarde, transformée en ambulance militaire, ils n'y trouvent que quelques infirmiers et des blessés. Sans la moindre autorisation (à qui la demander ?), ils commencent à soigner les blessés et se retrouvent confrontés à une triste réalité : "On a dit que l'idéal de l'ambulance était de faire beaucoup avec un peu. Cela est juste, souvent même cela est possible ; mais ce qui est plus difficile, c'est de faire quelque chose avec rien ; or il n'y a rien dans cette salle abandonnées, rien, absolument, rien, pas même un mauvais chaudron qui nous permette de tiédir l'eau nécessaire pour déterger les plaies."

Après les soins, ils tentent de se restaurer avec peu et bien mal cuit, mais comme il le précise "avec ce froid, on digérerait des rochers volcaniques".

En fait, l'ambulance reste à Maizières, près de Sury-aux-Bois mais accueille des blessés qui viennent des combats de Beaune-la-Rolande, Juranville, Maizières, Saint-Loup-des-vignes, Boiscommuns, Ladon, Fréville, Montliard.. et c'est le désastre de Loigny. Ils doivent évacuer tous les malades sur Gien et eux-mêmes partent pour Chateauneuf.

C'est une lecture fluide, un texte vivant, sans l'aspect rébarbatif des récits militaires de l'époque. Le docteur Janicot raconte, jour après jour, l'histoire de leur ambulance et des évènements qu'elle traverse, durant trois longs mois.

Mon seul regret : excepté ceux des membres de l'ambulance, il n'y a aucun nom de cité.

 

Trois mois d'ambulance aux armées de la Loire et de l'est : impressions et souvenirs / par J. Janicot,...

Trois mois d'ambulance aux armées de la Loire et de l'est : impressions et souvenirs / par J. Janicot,... -- 1871 -- livre

http://gallica.bnf.fr

 

Les différents ambulances militaires hippomobiles. - attelage-patrimoine

On ne peut parler des ambulances militaires sans évoquer, même brièvement, l'histoire de l'aide aux blessés sur les champs de bataille. Pour nombre de peuples de l'antiquité, l'exécution des blessés était chose courante. Pourtant, certains textes montrent l'intérêt que d'autres, égyptiens, grecs, romains, portaient aux combattants blessés.

http://www.attelage-patrimoine.com