Plouguiel-Tredarzec 1866

J'en profite, aujourd'hui, pour cumuler d'une part, mon défi généathème de janvier (les dimanches de ma généalogie) et le généathème de février : l'insolite.

Je vais donc vous parler de François et Françoise, François Le Tual et Françoise Quintin, mes ancêtres 40 et 41.

Lorsque j'ai commencé ma généalogie et que je suis arrivée à eux, j'ai vu tout de suite qu'il y avait un problème. Ils sont décédés le même jour et à la même heure, le 7 mars 1848, à quatre heures du soir, au même endroit : Plouguiel.

Ils ne sont pas bien âgés, quarante-sept ans pour lui et quarante-six ans pour elle. Ils ont huit enfants, dont l'aînée, Anne, a dix-neuf ans et la plus jeune, Jeanne Marie, a quatre ans.

A partir de là, toutes les suppositions sont faites, des plus logiques aux plus loufoques, pour expliquer les décès le même jour à la même heure et au même endroit, de ce couple d'ancêtres. Et cela en est resté là.

Il s'agit des Côtes d'Armor, bien loin de là où je suis et impossible d'y aller pour faire des recherches.

De temps en temps, lorsqu'une personne de ma connaissance allait faire des recherches à Saint-Brieuc, je lui demandais de regarder dans telle ou telle série, s'il trouvait quelque chose : pas de journaux, pas de succession, pas de tutelle, pas de....... Rien.

C'est difficile lorsque l'on ne peut pas se déplacer et que l'on sait où chercher. Il y a toujours un doute sur les recherches des autres. Ont-ils bien regardé, dans la bonne série .... et il n'y avait rien en ligne à l'époque.

Puis, il y eut l'état civil en ligne.

L'hypothèse la plus logique de l'accident, pour expliquer une telle simultanéité, pouvait être l'incendie de leur maison. Je regardais donc s'il y avait eu d'autres morts au même moment. Et il y a eu huit décès le 7 mars 1848, à quatre heures, dont mes deux ancêtres. Les autres ne sont pas de la famille donc, exit l'idée de l'incendie de la maison.

Les autres morts sont : Catherine Kerlevéou, cinquante-six ans, filandière, Jean Cornaly, vingt-deux ans, laboureur, Françoise Allain, trente-deux ans, fileuse, Jean Adam, vingt-quatre ans, tailleur d'habits, Marie Ralon, vingt-six ans, filandière, Françoise Le Gratiet, vingt-neuf ans, fileuse. Tous les décès ont été déclaré le 9 mars, au cours de la matinée, avec des âges et des familles différents.

Mais qu'est-ce qui a bien pu arriver à mes ancêtres et autres autres ? Je reste sur ma faim.

Et là, une élève un peu plus tenace, réussit à me trouver un document. En fait, il ne s'agit pas vraiment d'un document mais d'un résumé de document. Il s'agit d'une sorte de synthèse de la gendarmerie sur les faits divers de la brigade. Mais elle est là, l'explication avec un grand E.

Le 7 mars 1848, vers trois heures de relevée, deux bateaux de pêcheurs de Plouguiel, équipés par vingt-cinq personnes, ont été engloutis par une forte lame. Neuf de ceux qui les montaient (je cite), dont six femmes et trois hommes, ont péri dans ce naufrage. Les autres ont été secourus et sauvés par le dévouement de quatre citoyens de Tréguier et de Trédarzec. Au moment du compte rendu, seuls huit corps avaient été retrouvés.

Bien qu'ils ne soient pas marins et c'est bien la seule hypothèse que l'on avait écarté à cause de cela, ils se sont noyés.

Vu la configuration des lieux, ils devaient traverser le bras de mer pour rallier Trédarzec, sans avoir à longer la côte. Un raccourci peut-être, mais pourquoi ? Où allaient-ils ? Une foire, un marché ? un mariage ?

Il reste encore bien des questions, mais la principale a trouvé sa réponse.

 

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