Un thème à la fois très simple et très compliqué !! simple parce que la paléographie, nous en faisons tous les jours (même sur nous-même quand il s'agit de relire nos notes) et très compliqué parce qu'il faut choisir. Et choisir quoi ? La plus belle écriture, la plus moche, le papier le plus "destroy" ou le mieux conservé, le plus ancien ou .....

Après un léger remue-méninge (on est dimanche, faut pas pousser quand même !!!) j'ai choisi de choisir dans le plus émouvant et quoi de plus émouvant qu'une lettre écrite par quelqu'un, disparu depuis longtemps, un inconnu, dont la trace, quelques mots au dos d'une carte postale, est arrivée jusqu'à moi.

Avec un peu de casse-tête en prime, histoire de m'amuser un peu.

Alors j'ai choisi, une carte postale ancienne, d'un joli sépia du temps qui passe, représentant les hommes d'une même classe, bons pour le service.

CPA Negron Frédéric-0001

Dont voici le texte :

CPA Negron Frédéric-0002

L'encre a un peu bavé et le texte est un peu énigmatique. Il est signé Frédéric Negron, et vu la date, j'ai immédiatement vérifié s'il avait survécu à la grande guerre. Il n'est pas dans les "morts pour la France". Reste plus qu'à l'identifier.

Les pistes sont minces : La carte est écrite le 27 février 1911 et il indique avoir passé le conseil de révision le 23 mais que la carte ne représente pas sa classe. Si je regarde de plus près leur beau chapeau, effectivement, il semble qu'il s'agisse de la classe 1909. Pourtant, le destinataire de la carte doit y reconnaître un certain Daumont (si j'ai bien compris ce qui est écrit !!).

Les joies de la paléographie, une fois identifiés les mots, il faut en faire une phrase et la comprendre ............. ce qui n'est pas toujours simple.

Mon petit doigt me dit qu'il est de Lozère, ce cher Frédéric et je trouve bien un Frédéric Negron, de la classe 1910, en Lozère et domicilié à Paris en 1911, comme celui de la carte postale.

Un jeune homme de 1.66 m, aux cheveux châtain foncé, aux yeux beu clair et aux oreilles décollées. Il est du canton de Saint Alban et passe du service militaire au 24e bataillon de chasseurs à pied à la guerre. Il est nommé caporal en 1915, change de bataillon pour le 23e puis le 6e et enfin le 28e. Il rentre chez lui, à Fontans, en Lozère, lorsqu'il est démobilisé, le 15 août 1919. Il a été blessé le 5 novembre 1916, au cou et au bras gauche par éclat d'obus et a reçu la médaille de la victoire et la médaille commémorative de la grande guerre.

Il est du canton de Saint Alban et sur les vingt-sept de sa classe et du canton qui vont faire la guerre, seize en reviendront vivant (mais pas forcément en bon état) dont trois ont été faits prisonniers, et onze ne reviendront pas (un disparu à Verdun, deux en 1914, un en 1915 et quatre morts au combat en 1914 et trois en 1915).

Frédéric fait partie de ceux qui reviennent mais il ne profitera pas longtemps de la paix, car il décède le 16 février 1924 à Rimeize, en Lozère.

Tout cela à partir d'une simple carte d'un camarade à un autre, qui se serrent cordialement la main.