1928 Honfleur - Lecomte Micheline

Drôle de parcours que celui de cette petite bonne femme née un 25 juin 1926. Aînée et seule fille d'une fratrie de trois, elle grandit près du fort de Tourneville, sur les hauteurs du Havre, entre une mère sans tendresse et un père marin tout le temps absent.

Une enfance havraise pleine de souvenirs de marins, d'odeur de mer et de ville de culture. Opérettes, cirque et funiculaire, réunions de familles et voyages à Rouen chez la tante Germaine jalonnent ses souvenirs jusqu'à la guerre qui va lui prendre son père pour plusieurs années, prisonnier en Allemagne et marin prisonnier de la terre.

Les petits frères sont envoyés au loin (Algérie et basse Normandie) et elle reste seule avec sa mère dans une ville interdite où les alertes rythment la vie qui continue avec la faim, le froid, et malgré tout l'insouciance de la jeunesse. Et c'est septembre 1944. Les alliés pilonnent la ville. Le Havre est détruit. 

La foule agglutinée dans les caves et les abris et la peur panique qui y règne lors des bombardement laisse des traces indélébiles dont la plus apparente est une claustrophobie tenace.

La vie continue avec un mari tout frais rentré du service militaire, ardent pratiquant du ballon rond et un premier bébé né en temps

1947 - mariage Jacques Lescene Micheline Lecomte

de restriction. Lui aussi a sa carte de rationnement.Mais la ville est détruite. Le jeune mari est officier mécanicien de la marine mais, il n'y a plus de bateau.

La solution vient du ballon rond et toute la famille part pour Châteauroux où le jeune papa va jouer pour la Berrichonne. Quid des bateaux ? la mécanique mène à tout et la travail ne manque pas dans le Centre de la France.

Une année à Châteauroux se passe, sans souvenir très joyeux : une jeune femme toute la journée seule avec son bébé de quelques mois, loin de sa famille et de son univers............... c'est un match à Blois qui change tout.

Nous sommes en mai 1950, c'est la fête à Blois qui est pavoisée de toutes les couleurs. Il fait beau et c'est le coup de foudre pour une ville qui se reconstruit sur les bords d'une Loire majestueuse. La ballon rond entre de nouveau en action et c'est l'AAJB qui décide de la suite des opérations.

Famille Lescene 1964l

La famille va rester là, changeant juste de logement à mesure que les enfants arrivent. Un deuxième, puis un troisième ..... jusqu'à six auxquels les parents vont tout donner pour qu'ils aient une vie meilleure, meilleure que celle qui leur était promise, meilleure que celle qu'ils ont eu, sans privation, sans peine, sans difficulté. Un boulot de parents à temps plein.

Et vient le temps des petits-enfants, dix et le temps de la peine.

Le mari sportif part le premier, avant d'atteindre ses quatre-vingt ans, puis deux des enfants le rejoignent bien trop tôt. La plus grande souffrance d'une mère, voir partir ses enfants avant elle.

Mais elle tient bon. Il reste quatre enfants sur qui veiller malgré leur âge, et les petits enfants.......et les arrières-petits enfants.

Et nous voilà, 25 juin 2016, quatre-vingt-dix ans plus tard.

Elle est toujours là, un peu bancale, mais toute sa tête, toute sa mémoire pleine de souvenirs heureux ou non, mémoire vivante de la famille.

Une canne à la main, le déambulateur, c'est pour les vieux, elle trottine dans la maison, de son fauteuil à sa chaise, un livre ou un journal à la main. L'oreille n'est plus si fine mais l'esprit l'est toujours. Pour longtemps encore, j'espère.

Bon anniversaire Maman.

Maman 2015