Oui, même pendant la guerre, Noël est là……. Sans le père Noël, juste des soldats épuisés, meurtris dans leur corps et leur âme qui malgré tout veulent que ce jour soit différent.

Les soldats du 75e mobile passent Noël 1870 en avant de Parigné-l’Evêque.

Ils sont dans un bois de sapins près du château du Houx (cela ne s’invente pas un jour de Noël !!).

L’état des hommes est lamentable. Ils manquent de tout : les vêtements sont en lambeaux, les souliers attachés avec des ficelles ou remplacés par des sabots.

Malgré tout, la vie militaire continue. Ils sont là depuis le 21 décembre et les exercices militaires reprennent.

Le 25 est un dimanche et ce dimanche-là est un jour de repos.

La rumeur a couru toute la journée du samedi : il va y avoir une messe de minuit.

De grands feux sont allumés et la forêt semble illuminée.

L’abbé Blanchard raconte « c’était un imposant spectacle. Les longues tiges des sapins s’élevaient en l’air, semblables à des piliers d’église ; un énorme tapis de neige s’étendait à leurs pieds. On aurait dit une cathédrale rayonnante de lumières ».

Un autel est improvisé sur des caisses de biscuits avec nappe blanche. L’aumônier du 1er bataillon dit la messe.

Lui aussi fait la guerre, debout jour et nuit depuis un mois, au côté des mobiles.

Le silence est là, il monte à l’autel, accompagné de mobiles qui servent la messe, une messe de deuil, de tristesse, loin des messes triomphales de leurs souvenirs. C’est une messe de consolation pour des hommes épuisés, amers et désespérés.

Au même endroit, au même moment, Noël ne laisse pas le même souvenir à Frédéric Bulot. Pour lui, « le vent pleurait si fort dans les sapins, le froid tremblait tellement dans les veines, que cet effort de gaieté semblait navrant ».

Il fait les comptes. Des deux bataillons du Loir et Cher il ne reste que 400 hommes du 1er bataillon, 150 du 2e et huit officiers.

Au même moment, à l’ambulance de Janville, les blessés de la bataille de Loigny se regroupent pour célébrer Noël.

Le curé de Poinville est là, et le capitaine de Maricourt du 75e mobile, sert la messe, appuyé sur sa béquille.

Tous ceux qui peuvent bouger et ceux que l’on a pu transporter sont là, dans la petite chambre où peinent à guérir le baron de Maricourt, les lieutenants Raoul de Saint Venant et Gaston de Brisoult.

Ils sont là, couchés sur des matelas ou accrochés à leurs béquilles, même un protestant.

Ils communient tous, sauf le protestant, et le curé enjambant les corps meurtris, va d’homme en homme porter le viatique.

Le curé de Poinville reste dans la mémoire des blessés de Janville comme une lumière dans cette guerre atroce.

Bien que desservant une petite paroisse des environs, il vient le plus souvent possible visiter les blessés et ce jour-là, jour de Noël qu’il passe avec eux, il leur fait……………….. des gaufres.

Si pour les blessés de Janville, rien ne change ensuite dans leur routine, pour ceux de Parigné-l’Evêque, c’est différent.

Dans les jours qui suivent, une dotation vestimentaire leur parvient : pantalons garances, blouses de laine, souliers et képis.

Enfin, des vêtements propres et chauds, comme un cadeau de Noël tardif et empoisonné……… la bataille de Montoire a commencé mais pour le 75e mobile, ce sera la bataille du Mans.

Noel