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L'armée prussienne, en pays conquis, imposait aux habitants des communes traversées le gîte et le couvert pour ses hommes. Au passage, des fermes, des granges brulaient, du bétail disparaissait. Et des hommes, des civils, étaient pris en otage.

Leur sort variait : soit ils étaient simplement relâchés après quelques heures, soit ils partaient pour l'Allemagne, prisonniers otages, soit ils subissaient une sévère correction............. soit ils étaient exécutés.

C'est le sort que subit Cormenon en Loir et Cher, comme d'autres villes et villages. Il est difficile de trouver trace de ces évènements dans les archives. L'administration, soucieuse des biens matériels, a scrupuleusement enregistré les bâtiments incendiés et le bétail volé, mais pas de trace des victimes humaines, pas de demandes auprès des maires, de l'état de leur population.

N'accusons pas l'administration d'être insensible, elle est pragmatique. Les morts sont morts et elle ne peut rien pour eux, alors que les vivants qui ont tout perdu ou presque, doivent être aidés.

Mais parfois, au détour d'un document, un maire accablé s'est laissé aller en marge d'un document officiel, pleurant un ou plusieurs de ses administrés.

Le maire de Cormenon a simplement indiqué : 15 otages, 2 ont été tués, 9 ont été rompus de coups de bâtons, les autres ont été mis en liberté.

Impossible de savoir qui sont ces quinze otages, du moins pour l'instant car je ne désespère pas de trouver un jour une trace, un témoignage d'époque, donnant les noms des infortunés cormenonais.

Pour les morts, connaissant la neutralité des actes de décès, l'affaire n'est pas simple, mais pas impossible.

Les registres de décès indiquent pour la période de la guerre, dix-huit décès dont trois sont décédés le même jour et à la même heure, dont deux au même lieu. Quelle est la probabilité que trois hommes jeunes, meurent le même jour et à la même heure dont deux au même lieu ?

Mais le maire a dit : deux tués. Oui, car seuls deux d'entre eux sont de la commune. Ainsi, Alexandre Sylvain, ouvrier tanneur de trente-cinq ans, marié avec Marie Berthe et Ferdinand François Berthe, trente-trois ans, ouvrier tanneur, marié à Marie Augustine Daguet, peut-être beau-frère du premier, décèdent le 24 novembre 1870 au hameau de Guettelet, à quatre heures du soir. Le troisième homme, Pierre Théophile Lenoir, vingt-neuf ans, époux de Virginie Marie Augustine Nerlande, ouvrier tanneur domicilié à Mondoubleau, décède dans une maison du bourg, à quatre heures du soir également. Drôle de coïncidence.

Leur décès est officiellement enregistré en mairie le lendemain, entre huit et neuf heures du matin.

Le même jour, à neuf heures également, un inconnu est trouvé mort sur le territoire de la commune. Il s'agit d'un homme paraissant trente-trois ans, mesurant 1.60 m, cheveux et sourcils châtains, barbe châtain, nez long, visage ovale, teint clair, bouche moyenne, vêtu d'un paletot par-dessus une blouse de garde national, de deux pantalons, le premier en coton et le second en drap noir avec bande rouge et un mouchoir de poche portant les initiales E.M. sans aucun papier.

Un garde mobile tué, cela coïnciderait avec cette prise d'otages brutale et ces exécutions.

Pourtant, le 24 novembre, les troupes prussiennes sont à Ladon où elles défont les mobiles de la Haute Loire et les Francs-tireurs du Doubs à plus de 140 km de là.

Une note de JC Chenu indique que le 24 novembre, Saint Calais est incendié par les Prussiens, à moins de 16 km de là et Labbé Louis Froger, dans son histoire de Saint Calais, indique que sa ville est envahie le 25 novembre par un corps de bavarois de 20 000 hommes et 52 canons qui se retire le lendemain. Il n'y reviendront que le 25 décembre.

Ainsi quatre hommes jeunes sont morts sur la commune de Cormenon, victimes probables si ce n'est certaines des troupes bavaroises.