Il s'appelait Louis Belfort et ses yeux étaient orangés.......... drôle de couleur pour des yeux mais cela devait aller avec la couleur de ses cheveux, blond moyen, son visage étroit et ses 1 m 65 cm. Il savait lire et écrire et il était bon pour le service, l'infanterie au 46e.

Il est parti avec les gars de sa classe, la classe 1910, le 9 octobre 1911, simple soldat de 2e classe, pendant deux ans. Le 8 novembre 1913, il repart avec un joli certificat de bonne conduite. Mais pas pour longtemps. Le décret de mobilisation du 1er août le ramène à l'armée qu'il vient à peine de quitter.

Le 16 août 1915, il gagne un nouveau joli certificat, celui de mort pour la France.

Sa vie n'avait déjà pas très bien commencé !!

Il est né à Paris, d'une mère célibataire sarthoise de 21 ans qui le reconnaît un mois après. Quand l'a-t-elle abandonné ?

Elle va se marier trois fois après la naissance de Louis. La première, quatre ans après, avec un garçon de café de son âge. Ils en profitent pour reconnaître et légitimer Marie Louise, née 3 ans avant Louis mais de lui, aucune mention. Veuve, elle se remarie à Chars avec un boucher plus jeune qu'elle, en 1898, puis de nouveau à Paris en 1918 avec un veuf originaire de l'Aube. Toute une vie sans Louis.

Pendant ce temps-là, Louis est dans le Loir-et-Cher, placé par les services de l'assistance publique de Paris. Il vit à la Ferté-Imbault, domestique.

Il va faire campagne contre l'Allemagne pendant un an avant de tomber, victime d'un éclat d'obus à la tête. Il décède à l'hôpital Jean D'Heurs à Bar le Duc, presqu'un mois après avoir été blessé sur le champ de bataille.

L'armée va lui décerner la médaille militaire, la croix de guerre avec palme et l'étoile de bronze.

Son dossier s'est étoffé de deux citations :

  • une qu'il connaîtra, le 5 mai 1915 à l'ordre du régiment "sur le front depuis le début de la guerre, soldat très brave, le 23 avril 1915, a donné le plus bel exemple de courage en lançant sous un bombardement violent et avec le plus grand mépris du danger, des grenades à mains" et
  • une trois semaines après sa mort à l'ordre de l'armée pour l'attribution de la médaille militaire "excellent soldat au front depuis le début de la campagne ayant fait preuve de la plus grande bravoure en maintes circonstances, déjà cité à l'ordre du régiment. Blessé le 20 juillet 1915 alors qu'il exécutait une reconnaissance avec son commandant de compagnie sous un bombardement violent, faisant preuve du plus grand mépris du danger - belle nomination comporte l'attribution de la croix de guerre".

Il est inhumé à la nécropole nationale de Douaumont, tombe 13 271 et son nom est porté sur le monument aux morts de Pruniers en Sologne, dans le Loir et Cher.

Il avait 25 ans et ses yeux étaient orangés.