Je suis tombée sur le  parcours difficile durant la guerre de Crimée, d'un petit gars de la Corrèze, Antoine Perrier, soldat au 7e d'infanterie.

Atteint du scorbut en décembre 1855, il est envoyé à l'ambulance de la 1ere division au 2e corps d'armée le 26 janvier 1856 (quand même près d'un mois après le diagnostic !!!). Pour cela, il est transporté dans un cacolet (c'est un panier à dossier, placé sur un mulet ou chameau et servant à transporter les malades ou les blessés), par un temps très froid, si froid que ses pieds ont gelé pendant le trajet qui a duré quatre heures.

Il est évacué sur Constantinople le 1er février et entre à l'hôpital de Gulhané, le 6. Des ulcérations laissent largement ouvertes les articulations des chevilles et comme si cela ne suffisait pas, il est atteint du typhus le 14 février. Le 11 avril, son pied gauche tombe et il faut couper les tendons. Le 14 avril, c'est le tour du pied droit.

Evidemment, la gangrène se met dans les moignons ce qui implique, le 11 mai, l'amputation des deux jambes, sous le genou, amputation circulaire (perpendiculaire à l'axe du membre) sous chloroforme (quand même).

Le 12 juillet, il est évacué sur la France, les moignons quasi cicatrisés.

Entré à l'hôpital de Toulon le 21 juillet, les moignons sont atteints de la pourriture des hôpitaux (provoquée par un bacille Pseudomonas), cautérisés au fer rouge, leur cicatrisation est toujours incomplète.

Entré à l'hôpital du Val de Grâce, la cicatrisation se continue, avec résultats satisfaisants présentés le 18 novembre 1856.

Imaginez un instant ce gamin de 24 ans, envoyé se battre bien loin de sa Corrèze et soumis à toutes ces souffrances durant toute une année. N'oubliez pas que nous sommes en 1856. Les analgésiques, antidouleurs et autres médicaments dit "de confort" n'existent pas. La morphine, l'éther et le chloroforme sont les antalgiques de l'époque avec tous les effets secondaires qu'on leur connaît.

Alors tout naturellement, je cherche son décès, dans les deux années qui suivent. Difficile d'imagine qu'il en soit autrement vu tout ce qu'il a subi plus le fait qu'il est handicapé. Amputé des deux jambes en 1856 !!!! Quelle vie pourrait-il avoir ?

Et bien non, je ne trouve aucun décès dans son lieu d'origine. J'élargis la recherche au canton. Toujours rien !!!!!

Sans grand espoir, je reprends les tables décennales de sa commune et je regarde les mariages............. et il est là !!!!!

En 1858, il épouse une petite payse de 16 ans, fille naturelle avec laquelle il va avoir au moins six enfants.

Je lui connais au moins cinq communes où il a vécu avec sa famille.

En 1906, il vit avec sa femme, deux de ses fils, sa fille, son gendre, et deux de ses petits-enfants.

Lorsqu'il décède en 1911, à l'âge de 80 ans, il a enterré au moins deux de ses enfants, élevé deux de ses petits-enfants. Pas mal pour un p'tit gars de Corrèze qui a bien failli ne jamais revenir de Crimée.

Comme quoi, se méfier des idées préconçues !!!!!